Une bonne idée… devenue trop familière
Pendant plusieurs années, l’ajout d’une bannière au haut des courriels provenant de l’extérieur de l’entreprise était considéré comme une excellente pratique de cybersécurité.
Le principe est simple : lorsqu’un message est envoyé depuis un domaine externe à l’organisation, un avertissement apparaît au début du courriel. On y lit souvent quelque chose comme :
« Attention : ce courriel provient de l’externe. Soyez vigilant avant de cliquer sur un lien ou d’ouvrir une pièce jointe. »
Pour les entreprises utilisant Microsoft 365 ou d’autres plateformes de messagerie infonuagique, cette mesure s’est rapidement imposée comme un moyen simple de sensibiliser les employés aux risques d’hameçonnage.
À l’époque, l’idée était pertinente. Mais avec le temps, son efficacité s’est mise à diminuer.
Quand les utilisateurs ne voient plus les alertes
Dans la réalité d’aujourd’hui, une grande partie des courriels reçus en entreprise provient de l’extérieur. Les fournisseurs, les partenaires, les clients, les plateformes en ligne ou encore les systèmes automatisés génèrent tous des messages qui franchissent les frontières de l’organisation.
Résultat : les bannières « courriel externe » apparaissent maintenant sur une proportion très importante des messages.
Et c’est là que le problème commence.
Lorsqu’une même alerte apparaît constamment au même endroit, le cerveau humain finit par la filtrer automatiquement. En ergonomie numérique, ce phénomène est bien connu : on parle de « banner blindness », ou cécité aux bannières.
L’utilisateur continue de voir la bannière… mais il ne la remarque plus vraiment.
Avec le temps, elle devient simplement un élément du décor.
Une protection qui peut créer un faux sentiment de sécurité
Cette banalisation des bannières pose un autre problème : elle peut donner l’impression que la sécurité repose principalement sur cet indicateur.
Dans certaines organisations, les employés finissent par associer inconsciemment la présence ou l’absence de la bannière à la fiabilité d’un message. Si elle apparaît, ils pensent qu’il faut être prudent. Si elle est absente, ils ont tendance à considérer le courriel comme plus légitime.
Malheureusement, les cybercriminels savent très bien comment exploiter cette logique.
Un courriel envoyé à partir d’un compte interne compromis, par exemple, ne déclenchera aucune bannière. De la même façon, certaines attaques utilisent des domaines presque identiques à ceux de l’entreprise ou imitent parfaitement le style de communication interne. C’est notamment le cas dans les fraudes de type Business Email Compromise, où les attaquants se font passer pour un dirigeant ou un collègue afin de demander un paiement ou un transfert urgent.
Dans ces situations, la bannière ne fournit plus l’indice que l’utilisateur attendait.
Les cyberattaques par courriel ont évolué
Les attaques par courriel d’aujourd’hui sont beaucoup plus sophistiquées que celles d’il y a quelques années.
Les cybercriminels prennent souvent le temps d’étudier l’organisation ciblée. Ils peuvent analyser les structures hiérarchiques, observer les communications publiques ou exploiter des comptes déjà compromis pour envoyer des messages crédibles.
Le contenu des courriels est également devenu beaucoup plus convaincant. Les fautes grossières et les formulations maladroites qui trahissaient autrefois les tentatives d’hameçonnage sont maintenant beaucoup plus rares.
Pendant ce temps, plusieurs entreprises utilisent encore des mécanismes d’alerte relativement simples, basés uniquement sur l’origine externe du message.
Mais savoir qu’un courriel vient de l’extérieur ne suffit plus vraiment pour évaluer le risque réel.
L’émergence des alertes contextuelles
Pour répondre à cette évolution des menaces, de nouvelles approches de sécurité de la messagerie commencent à se répandre.
Plutôt que d’afficher systématiquement la même bannière pour tous les courriels externes, certaines solutions analysent plusieurs éléments du message afin de déterminer s’il présente un risque particulier.
Par exemple, le système peut examiner la réputation du domaine expéditeur, les liens présents dans le courriel, les pièces jointes ou encore certains comportements inhabituels. Le contenu du message lui-même peut aussi être analysé afin de détecter des demandes sensibles ou des tentatives d’ingénierie sociale.
Lorsque ces analyses révèlent un risque potentiel, une alerte beaucoup plus spécifique peut être affichée à l’utilisateur.
Au lieu d’un simple avertissement générique, le message peut indiquer clairement pourquoi le courriel est suspect : domaine nouvellement enregistré, demande financière inhabituelle, lien menant vers un site à risque ou tentative d’usurpation d’identité.
Des alertes moins fréquentes… mais beaucoup plus utiles
Cette approche présente un avantage important : les avertissements apparaissent moins souvent, mais ils sont beaucoup plus pertinents.
Et c’est précisément ce qui attire l’attention des utilisateurs.
Lorsqu’un employé voit une alerte inhabituelle qui explique clairement le type de risque détecté, il est beaucoup plus susceptible de prendre le temps d’examiner le message avant d’agir.
Ces avertissements deviennent alors de véritables outils de sensibilisation, puisqu’ils permettent aux employés de comprendre concrètement ce qui rend un courriel suspect.
Comment savoir si vos courriels sont réellement protégés?
Beaucoup d’entreprises croient être bien protégées parce qu’elles utilisent des bannières « courriel externe ». Pourtant, dans plusieurs cas, ces mécanismes ne suffisent plus à détecter les attaques modernes.
Un audit rapide de la sécurité de votre messagerie permet souvent d’identifier :
- des protections incomplètes contre l’usurpation de domaine
- des configurations Microsoft 365 sous-optimales
- des risques de phishing ou de fraude par courriel
La sécurité des courriels repose sur plusieurs couches
Il est important de rappeler que les bannières « courriel externe » ne sont pas nécessairement inutiles. Elles peuvent encore jouer un rôle dans une stratégie globale de sensibilisation.
Cependant, elles ne devraient pas être considérées comme une solution suffisante à elles seules.
Aujourd’hui, la sécurité de la messagerie repose généralement sur une combinaison de plusieurs mécanismes : filtrage avancé des courriels, analyse des liens et des pièces jointes, protection contre l’usurpation de domaine, détection des comportements suspects et formation des utilisateurs.
En combinant ces différentes approches, les entreprises peuvent réduire beaucoup plus efficacement les risques liés au phishing et aux fraudes par courriel.
La question que les entreprises devraient se poser
La véritable question n’est donc plus simplement :
« Avons-nous activé une bannière pour les courriels externes? »
La question plus pertinente est plutôt :
« Nos employés reçoivent-ils des avertissements réellement utiles lorsque quelque chose semble suspect? »
Dans un contexte où les cyberattaques continuent d’évoluer rapidement, les outils de protection doivent eux aussi évoluer.
Bref…
Les bannières « courriel externe » ont longtemps été une mesure simple et efficace pour sensibiliser les employés aux risques d’hameçonnage.
Mais avec l’augmentation du volume de courriels externes, ces avertissements sont devenus tellement fréquents que plusieurs utilisateurs finissent par ne plus les remarquer.
Les approches modernes privilégient maintenant des alertes contextuelles et intelligentes, capables de signaler les courriels réellement suspects plutôt que d’afficher un avertissement générique sur chaque message.
Pour les entreprises, l’objectif reste le même : aider les utilisateurs à prendre de meilleures décisions face aux courriels qu’ils reçoivent.
Mais les moyens d’y parvenir doivent évoluer au même rythme que les menaces.
Si vous avez reconnu certains enjeux dans cet article, sachez que les spécialistes de Mon Technicien peuvent vous aider à y voir plus clair. Notre équipe accompagne déjà plusieurs PME du Québec pour renforcer la sécurité de leur messagerie et réduire les risques liés au phishing.