Quand la cybersécurité sort de l’écran pour toucher le réel
Un simple boîtier branché discrètement dans une salle de serveurs peut permettre à un attaquant de prendre le contrôle de vos opérations critiques. Ce n’est pas un scénario de science-fiction, mais une menace bien réelle, comme l’illustre l’affaire du ferry italien Fantastic. Source : Le Journal de Montréal
En décembre 2025, un dispositif informatique suspect, comparable à une clé USB ou un disque dur modifié, a été découvert à bord de ce navire lors d’une escale en France. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’appareil aurait permis une prise de contrôle à distance du système de navigation du ferry. Plus inquiétant encore : sa présence suggère une complicité interne ou un accès physique non maîtrisé à bord.
Cet incident maritime rappelle brutalement une vérité trop souvent ignorée. Dans un monde connecté, une attaque physique peut déclencher un sabotage numérique à grande échelle. Et cela ne concerne pas que le secteur maritime. De nombreuses PME québécoises utilisent des équipements connectés : caméras IP, automates industriels, systèmes de contrôle d’accès. Elles sont vulnérables à ce type de menace.
Comment un cyberpirate peut « embarquer » dans vos systèmes?
Le cas du Fantastic est emblématique d’une attaque hybride : un accès physique ouvre la voie à une compromission numérique. Le boîtier retrouvé contenait un logiciel capable de communiquer avec l’extérieur via carte SIM, permettant à un opérateur distant de manipuler des fonctions critiques du navire.
Dans une entreprise, un scénario similaire pourrait impliquer :
– une clé USB branchée à un poste sensible,
– un appareil inconnu connecté à un réseau interne,
– un employé (ou un visiteur) ayant accès à une salle de serveurs sans supervision,
– ou un appareil IoT compromis par une mise à jour malveillante.
Ces portes d’entrée physiques sont souvent les plus négligées dans les politiques de sécurité, alors qu’elles permettent de contourner les défenses logicielles les plus sophistiquées.
Pourquoi ce scénario est l’un des plus dangereux?
Ce qui rend ces attaques si redoutables, c’est qu’elles combinent deux mondes : le numérique et le physique. Une intrusion USB peut sembler anodine, mais si elle vise une machine industrielle, un système de sécurité ou une infrastructure critique, les conséquences peuvent être catastrophiques :
– Interruption d’activité (ex. : arrêt d’une ligne de production)
– Atteinte à la sécurité physique (ex. : porte déverrouillée, ventilation d’un entrepôt stoppée)
– Sabotage ciblé (ex. : modification discrète de paramètres de calibration ou de température)
Dans le cas du Fantastic, les experts ont souligné qu’une prise de contrôle à l’approche d’un port pouvait provoquer une collision difficile à éviter, en raison de l’inertie du navire. Le parallèle est clair : une PME qui subit une attaque de ce type dans une chaîne automatisée ou un entrepôt robotisé pourrait voir son activité paralysée sans avoir le temps de réagir.
Ce que les PME peuvent faire dès maintenant
La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible d’agir sans attendre. Voici quelques pratiques concrètes à mettre en place pour limiter le risque d’intrusions physiques menant à des compromissions numériques :
1. Contrôlez l’accès physique aux systèmes sensibles
– Restreignez l’accès aux salles serveurs et équipements critiques.
– Évitez l’usage de ports USB ouverts sur les postes sensibles.
– Installez des caméras et des systèmes de journalisation d’accès (logs).
2. Désactivez les ports inutiles et gérez les périphériques autorisés
– Utilisez des solutions de contrôle de périphériques (DLP, gestion des ports).
– Mettez en place des politiques interdisant l’usage de périphériques non validés.
3. Séparez les réseaux IT et OT (opérations industrielles)
– Évitez les connexions directes entre le réseau administratif et les équipements industriels.
– Utilisez des pare-feu spécifiques pour segmenter les environnements.
4. Surveillez les comportements anormaux
– Installez des outils de détection d’intrusion (IDS) ou de comportement réseau.
– Enregistrez les activités suspectes des utilisateurs (logs, audit trails).
5. Formez vos équipes
– Informez vos employés sur les risques liés aux périphériques inconnus.
– Intégrez la cybersécurité physique dans vos formations régulières.
Anticiper, c’est prévenir les dégâts
L’affaire du Fantastic est bien plus qu’un fait divers maritime : elle révèle une faille majeure dans notre approche de la cybersécurité. La frontière entre le numérique et le physique est de plus en plus poreuse, et les cyberattaques peuvent aujourd’hui causer des dommages bien réels, tangibles, coûteux.
Les PME du Québec doivent prendre au sérieux ces scénarios, non pas dans une logique de peur, mais d’anticipation. Car les bonnes pratiques de cybersécurité physique sont souvent simples, peu coûteuses… et terriblement efficaces.
Si vous avez reconnu certains enjeux dans cet article, sachez que les spécialistes de Mon Technicien peuvent vous aider à y voir plus clair. Notre équipe accompagne déjà plusieurs PME du Québec pour renforcer leur sécurité TI, y compris face aux menaces hybrides.